Signification du Yin et du Yang

Signification du Yin et du Yang

 

Omniprésent sur les vêtements, les tatouages et illustrations diverses et variées, le Taï Chi (le vrai nom du symbole, le Yin et le Yang étant le nom des deux énergies que celui-ci referme.) est connu de tous, mais sa signification n’en est pas moins connue pour autant par la très grande majorité des gens. Symbole central dans le Tao, il est à l’origine de toute une métaphysique totalement différente de celle dans laquelle, nous, occidentaux, baignons. Vous vous êtes toujours demandé ce qu’il signifiait ? Voici ce qu’il représente.

 

Le Yin

Le Yin est l’énergie qui part du Ciel et descend vers la Terre. Elle est donc l’énergie légère, éparpillée, inclusive, féminine, froide, passive, elle est celle qui prend la forme des choses et s’adapte aux choses.

Le Yang

                Le Yang est l’énergie qui part de la Terre et monte vers le Ciel. Elle est donc l’énergie condensée,  lourde, exclusive, masculine, chaude, active, elle est celle qui impose sa forme et implique qu’on s’y adapte.

L’Univers régi par deux énergies

                Tandis qu’en Occident, d’aucuns diraient que le Taï Chi symbolise la cohabitation entre le bien et le mal (comme j’ai pu parfois l’entendre), il n’en est aucunement le cas. Car le bien et le mal sont des notions purement dualistes et supposent une opposition entre deux camps et le besoin de choisir l’un des deux. Le Tao n’est pas du tout une philosophie dualiste, elle prêche même plutôt « l’harmonie ». Pour le Tao, ces deux énergies régissent l’univers entier, son harmonie repose sur la présence du yin et du yang en même temps. Si bien et mal il y a, ils reposent autant dans une énergie que dans l’autre.  Tout comme le concept de « grand » a besoin de celui de « petit » pour exister, de même pour « chaud » et « froid », « fort » et « faible »… Le Yin et le Yang n’existent pas l’un sans l’autre. Le tout est donc de trouver l’équilibre entre ces deux énergies.

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Ainsi, si l’univers est en harmonie par une juste et égale présence de ces deux énergies, l’harmonie et la paix intérieure pour un individu reposent aussi sur un équilibre entre ces deux énergies. Un individu perdu ou perturbé peut être un individu qui exprime trop d’une de ces deux énergies sans prendre en compte l’existence de l’autre. D’une certaine manière, on peut distinguer clairement dans cette interprétation du monde deux types de déséquilibre de santé psychologiques : la personne «  névrosée » et la personne «  dépressive ».

La personne dépressive : Si l’on suit cette logique, l’individu dépressif est celui qui a trop de Yin en lui et pas assez de Yang. Ainsi, le dépressif est une personne qui a tendance à subir le monde et à s’y adapter bon gré, mal gré, sans trop chercher à se faire remarquer. Mais lorsque le monde lui impose une adaptation si grande qu’il s’en trouve perdu, le dépressif peut finir par trouver ce monde injuste ou douter de ses propres capacités. C’est à ce moment là, justement, qu’il devient dépressif. Ce qui a pour  conséquence de l’inhiber d’avantage et le faire tomber dans une passivité léthargique. Le dépressif y perd le peu de volonté qu’il avait et finit même par ne plus exprimer le moindre « vouloir vivre » dans un monde qui lui impose des adaptations qu’il ne parvient pas à mettre en place. Le dépressif oublie trop facilement qu’il a le droit lui aussi de s’imposer et d’exprimer sa volonté. C’en est même un besoin, puisqu’à force de ne pas exprimer sa volonté, elle finit simplement par disparaitre d’elle-même.

La personne névrosée : A son exact inverse, l’individu névrosé est celui qui exprime trop de yang et pas assez de yin. Tout comme le résumait si bien Pierre Desproges dans son sketch[i] : « Le névrosé sait pertinemment que deux et deux font quatre et ça le rend malade ». Le névrosé a souvent une idée bien claire de ce que doit être le monde et dans quel ordre il doit se trouver. Ainsi, chaque fois que l’état des choses ne correspond pas à ce qu’il devrait être, le névrosé exprime une colère et une rage qu’il estimera toujours légitime, sans se rendre compte que ces excès de colère sont parfois difficiles à vivre pour son entourage, qui ne sait jamais trop sur quel pied danser ou qui se retrouve contraint à l’inaction, de peur de faire les choses de travers ou de ne jamais être « à la hauteur ». Le névrosé n’admet pas qu’une chose puisse rester hors de contrôle, car ce n’est pas dans son ordre des choses. Par essence, le névrosé ne peut jamais être en paix avec lui-même, puisqu’il est constamment en lutte avec un monde qui ne correspond jamais à ses exigences.

La présence d’une telle idée en Occident

Il arrive parfois, quand on lit des blogs ou des pages internet sur les philosophies orientales, que les choses soient présentées de façon un peu idéalisées et que la philosophie orientale soit présentée comme supérieure, au détriment de valeurs occidentales, présentées comme moindre. Or, rien n’est plus faux. L’extrême Orient n’a pas le monopole des grandes découvertes sur soi, sur le corps et sur le fonctionnement intérieur. Bien qu’à un moment, je ne saurais dire avec précision le moment historique de ce tournant, la philosophie occidentale s’est d’avantage tournée vers les sciences et la  connaissance du monde et a négligé la question de la connaissance de soi. Néanmoins, elle ne possède pas moins de grandes philosophies qui se sont penchées sur les mêmes grandes questions que le Tao ou le bouddhisme.

Dans son « Manuel »[ii] , Epictète explique que nous pouvons ranger les phénomènes du monde en deux catégories distinctes : « Ce qui dépend de nous » et « ce qui ne dépend pas de nous ». Ce qui dépend de nous, nous devons le gérer à notre guise, mais de préférence en adéquation avec nos valeurs morales, de manière à être en harmonie et en paix avec soi. Mais ce qui ne dépend pas de nous, nous devons l’accepter comme tel et ne pas chercher à agir dessus ou  à en avoir le contrôle. Car il est dans la nature de ces choses là de justement être en dehors de notre contrôle. Chercher à en avoir le contrôle est donc aller contre la nature de cette chose et l’on ne peut qu’être voué à l’échec, donc la frustration, le regret et la rancœur, donc rompre notre propre paix intérieure.

Le Yin et le Yang en Aïkido

En règle générale, dans une situation de combat ou d’agression, le point de départ est donné par Uke (celui qui reçoit) qui se dirige vers son antagoniste pour exercer sur lui sa force (son yang). Le plus généralement, Tori (celui qui donne)[iii] à ce moment donné se crispe et, soit il ne parvient à sortir de cet état de crispation et subit pleinement le Yang de Uke, soit il se met à exprimer lui aussi son Yang et là l’harmonie est rompue, car deux Yang s’affrontent et c’est à celui qui exprimera le plus de Yang qui prendra le dessus. Dans un état de saturation complète d’expression de force et d’agressivité.

Mais comme son nom l’indique[iv], l’Aïkido propose une solution plus harmonieuse à ce genre de situation. Puisque l’Aïkido cherche la paix et l’harmonie, elle considère qu’il ne peut avoir de paix dans le monde, si chacun exprime en même temps son Yang, Yang contre Yang n’entraîne qu’une escalade de la violence et de l’incompréhension et à ne rendre toute communication possible qu’à travers la lutte. Donc, l’aïkido incite à renoncer à exprimer son Yang dans ce genre de situation, mais plutôt son Yin. Dans une telle situation, exprimer son Yin signifie accepter de ne pas avoir le contrôle sur la volonté de Uke, qui désire à ce moment là vous nuire, accepter le fait que notre sécurité et intégrité physique soient momentanément mises en danger et ne pas chercher à lutter contre cet état de fait, mais surtout renoncer à faire usage de sa propre force physique. En Tao, comme en Aïkido, c’est ce qu’on appelle le « relâchement ». Pendant que Uke exprime son Yang, Tori doit trouver l’espace nécessaire pour neutraliser le yang en créant un déséquilibre,  soit en exploitant l’élan causé par sa force, soit en appuyant ou pratiquant une torsion sur l’une de ses articulations (Mais sans jamais faire usage de sa force, l’articulation étant une partie extrêmement mobile du corps, il n’est pas du tout nécessaire de forcer pour la faire bouger. De plus, user de sa force nécessite une tension dans notre propre corps qui rend le mouvement ou la technique quasi-impossible à effectuer correctement). Une fois Uke neutralisé ou immobilisé, Tori peut exprimer son désir de ne pas se battre, son refus du recours à la violence et se montrer, s’il le faut, suffisamment dissuasif pour qu’Uke renonce à faire de nouveau usage de son Yang. De plus, la non-démonstration de force lors de l’affrontement devient un argument validant le réel refus du combat de Tori. Ainsi, l’Aïkido est sans doute l’un des seuls arts martiaux qui offre la possibilité de réintroduire la communication entre deux antagonistes, donc la compréhension.

[i] https://www.youtube.com/watch?v=j2xfWlpeSwY

[ii] Epictète était un esclave qui enseignait la philosophie stoïcienne. Il n’a jamais rien écrit. Ce que l’on sait de lui repose dans un recueil de textes appelé « Manuel d’Epictète », qui regroupe des notes prises par ses élèves lors de ses cours de philosophie.

[iii] En Aïkido, l’agresseur porte le nom de celui qui reçoit. Car l’aïkido étant un art de défense, l’agressé est « celui qui donne », car il est celui qui exprime son aïkido.

[iv] Ceci sera d’avantage expliqué dans l’article : « Notion de pacifisme en Aïkido »

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Présentation

Lebensweg est un ensemble de réflexions et d’impressions partagées par un débutant, mais non moins passionné, en Aïkido.

Bonjour, je m’appelle David. Je vis actuellement dans une petite ville en Lorraine. Cette région ne m’a pas seulement vu naître et grandir. Elle est aussi celle où j’ai fait mes études de philosophie. A la fin de mes études, je me suis un peu senti perdu, comme beaucoup d’anciens étudiants d’ailleurs. Il est toujours un peu difficile de trouver sa voie et sa place dans un monde professionnel de plus en plus inaccessible. Après quelques expériences et quelques réflexions sur ce qui me passionnait. Je me suis rendu compte que j’étais un obsédé de la transmission. Je ressens constamment le besoin de transmettre aux autres ce que j’apprends, ce qui me fait vibrer…

Passionné avant tout de cinéma, de musique, d’histoires (mais aussi avec un grand H) en tout genre, de science fiction et d’Heroic fantasy, j’ai aussi, au cours de quelques expériences personnelles et intimes, développé un intérêt particulier pour certains courants spirituels et leur philosophie. D’abord très intéressé par les paganismes européens, je n’accordais guère d’importance aux philosophies orientales. Jusqu’au jour, où une amie, qui partage avec moi cet intérêt pour la spiritualité, se mette à me parler du Tao et m’affirme que je suis taoïste sans le savoir. C’est alors que commencent mes recherches sur le sujet, en parallèle avec une résolution que j’avais prise. En effet, cela faisait quelques temps, que j’étais intrigué et de plus en plus attiré par l’aïkido, son histoire et ce qu’il représente dans le monde des arts martiaux. C’est à ce moment que j’ai découvert que le “do” que l’on trouve dans les mots: “Judo”, “Aïkido”, “Taekwondo”, “Bushido”… Sont la transcription moderne en chinois, japonais et coréen, du mot “Tao”, qui signifie: “la voie”.

En septembre 2015, à l’occasion de la rentrée scolaire et de l’ouverture des saisons sportives, j’ai le temps, l’argent et la détermination pour aller m’inscrire dans un club d’aïkido. A l’heure actuelle, c’est donc en tant que débutant que je vais vous parler d’aïkido et de philosophie du Tao. Loin de moi l’idée de passer pour un spécialiste du sujet, ce blog est avant tout un carnet de route où je référencerai mes récentes découvertes et réflexions. Vos critiques et suggestions sont évidemment les bienvenues, pour me réorienter en cas d’incompréhension et de contresens. Comme je le disais plus haut, c’est mon obsession de la transmission qui me pousse à publier ce blog et à partager avec vous cet intérêt sans cesse grandissant pour cette philosophie de vie avec laquelle je me sens de plus en plus proche. Une autre raison qui me pousse à écrire ceci, c’est que malgré le peu de leçons que j’ai tirées pour le moment de tout cela, je me sens déjà disposer d’atouts majeurs qui peuvent réellement aider à gérer le stress et les frustrations du quotidien. Plus le temps passe, plus je suis convaincu qu’une certaine hygiène de vie et une certaine manière de travailler sur notre perception du monde nous aide considérablement à gérer un ensemble de problèmes et de frustrations qui peuvent paraître jusque là insurmontables.

Ce blog est donc là pour ça : partager avec vous ces expériences, découvertes et surtout, cette passion grandissante qui a l’air de changer tellement de choses dans ma propre vie.


Pourquoi « Lebensweg » ?

 

Pour les non-germanophones, Lebensweg est le mot allemand qui désigne « biographie ». Mais le mot allemand, contrairement au français, a une signification très particulière. Tandis que le mot français, s’inspirant du grec : « Bios » (la Vie) et « Grapô » (l’écriture), ne renvoie qu’à l’acte d’écriture, le mot allemand : « Leben » (La Vie) et Weg (la voie, le chemin), semble avoir une toute autre préoccupation, celui de prendre en compte le chemin, en d’autres termes, le mouvement même d’une existence, ce même mouvement semble même plutôt figé dans le mot français. De plus et même avant tout, Weg signifie littéralement la même chose que le « Tao » et voulant trouver un nom faisant justement référence à la « Voie », ce nom me paraissait tout indiqué.